La science politique est à la science ce que l’astrologie est à l’astronomie. C’est une discipline en enfance. Elle n’en est encore qu’à l’état métaphysique.

Les grands prêtres de l’action politique et sociale vivent d’incantations, d’évocations, de processions, de promesses d’un monde meilleur. Dans l’au-delà du temps présent.

En quête d’autres marabouts, leurs fidèles manquent de fidélité.

Il a manqué au peuple souverain et à ses délégués, constitutifs du souverain people, quelques onces de rationalité, de réalisme, de sens de la mission.

« Je ne suis pas né avec le désir d’être roi, mais bien avec celui de vivre comme un roi », dit Créon dans Œdipe Roi. (Tragédies de Sophocle ; Moins 485-moins 406)

 

Complots, totalitarisme, incompétence, luttes pour le pouvoir et douceurs associées ne sont pas des inventions récentes !

Pauvres humains que nous sommes, l’évolution de la société nous a éloignés de la nature et de la simple physique. Obnubilés par des dogmes hermétiques, les grands esprits qui nous dirigent semblent souvent éloignés de tout sens commun. En leur environnement protégé, et en leur habitat épuré, ils n’ont guère pu observer la vie d’une fourmilière ni le processus de formation de cristaux de glace sur une vitre. Hors de l’expérimentation et de la pratique, il est difficile de percevoir les lois de la physique et de la nature. Fondements et conditions régissant phénomènes et systèmes, restent des mystères.

Notamment l’économie est un système trop vaste, trop complexe, constitué de sous-systèmes trop intriqués, pour pouvoir être appréhendé.

Les économistes ont cru pouvoir surmonter la difficulté par les concepts de la macroéconomie. Mais leurs agrégats sont des outils d’analyse et de synthèse souvent inappropriés car ils entremêlent des produits de natures différentes, ignorent la dynamique de leur production et de leur commercialisation, sont découplés des réalités sociales, comptent et élèvent les catastrophes au rang des profits !

Toutes ces statistiques doivent être dûment enregistrées, traitées, synthétisées, avant d’être diffusées et interprétées par le pouvoir politique.

Tout cela prend du temps, produit un décalage entre la situation perçue par le public et la représentation qui lui en est donnée. Que l’on annonce un mieux quand il y a une dégradation, ou inversement, induit toujours une incertitude démobilisatrice. Au lieu de chercher à définir des indicateurs précoces, on préfère attendre que le temps fasse son œuvre en lissant ou inversant les courbes. C’est mettre la tête dans le sablier !

Mais l’homme politique contemporain est ainsi fait que lorsque la réalité lui échappe, il trouve toujours quelque excuse dans des interventions de puissances occultes comme le firent avant lui les grands-prêtres des Égyptiens, des Grecs et des Romains.

« On a tout essayé » a dit celui qui croyait en la force l’esprit. « Nous n’avons pas eu de bol » a dit celui qui pariait sur la génération spontanée de l’emploi.

Vrai ou faux, le parler en dit toujours plus qu’on ne croit sur l’état mental des locuteurs. L’obscurantisme est contagieux, confine à l’astrologie, gagne sur le rationalisme jusqu’en nos têtes les mieux faites et les plus pleines. En nos journaux, chroniques et plateaux télévisuels, prennent place alignements de planètes et conjonctions astrales pour expliquer pourquoi notre fille est muette et pourquoi tel Dieu de notre Olympe politicien s’est embarqué en telle galère ou en telle trirème.

Qui osera dire à ceux qui prétendent nous faire gober leur « récit » de leur politique :

• que l’esprit scientifique et la crédibilité passent par le langage ;

• que la littérature est certes une grande et belle chose qui permet de prendre du recul et de la hauteur, mais que point trop n’en faut ;

• que l’action est tout autre chose et qu’il vaut mieux ne pas mélanger les genres.

On n’en finirait pas de citer tous les grands intellectuels qui, comme Voltaire, ont pensé qu’«Il est à propos que le peuple soit guidé et non pas qu’il soit instruit. »

Qu’il ait d’incurables analphabètes n’exempte pas le peuple souverain de s’instruire pour choisir ses gouvernants et rappeler leurs devoirs aux « intelligents présomptueux ».

Pierre Auguste
Le 12 juillet 2017